Dépendance et Codépendance
L’Unité des maladies de la dépendance de la Clinique La Métairie répond aux multiples facettes de la maladie de la dépendance qui est progressive, chronique et mortelle et qui affecte profondément l’entourage de la personne qui en souffre.
Au cours de ces dernières années, beaucoup d’efforts ont été déployés pour venir en aide au malade dépendant (alcoolique, toxicomane, pharmacodépendant). Les recherches sur les causes de la maladie de la dépendance et ses effets se multiplient. Par contre, l’entourage de la personne dépendante a reçu peu d’attention et pourtant, la souffrance s’étend aussi à celui-ci. L’entourage essaie avec les moyens à sa disposition de faire face aux situations souvent inattendues, imprévues et pénibles auxquelles il se voit confronté sans cesse. C’est paradoxalement dans « son élan humanitaire » de porter de l’aide au malade dépendant que l’entourage devient malade également. Tout commence à tourner autour et en fonction de la personne dépendante, et progressivement, la codépendance s’installe.
Il est clair que l’être humain est par nature dépendant puisqu’il « a besoin » de l’air qui l’entoure, de la nourriture, de l’affection des autres ; en fait, il dépend d’un très grand nombre de facteurs qui lui permettent de bien vivre. Pourtant on observe bien souvent des dépendances qui ne vont pas dans le sens du bien-être, tout au contraire elles l’empêchent. Au début des manifestations de la maladie de la dépendance, on constate que l’entourage essaie de trouver des solutions pour aider la personne dépendante. Rien de plus loyal.
Pourtant il arrive presque inévitablement un moment où l’entourage échoue, et on observe alors avec étonnement qu’il s’acharne encore plus à essayer ses propres méthodes pour aider la personne dépendante à s’en sortir au lieu de chercher de l’aide ailleurs. C’est à ce moment là que l’on peut parler de dysfonctionnement. C’est ainsi que pendant que l’alcoolique, le toxicomane et/ou le pharmacodépendant est occupé, préoccupé, voire obsédé à obtenir le produit dont son organisme a besoin, que le codépendant commence à:
- Contrôler la consommation de la personne dépendante, vérifier s’il a consommé, combien, comment, quand, etc. Les pensées des codépendants commencent à se fixer de plus en plus et presque exclusivement sur ces questions.
- Cacher la vérité devant d’autres personnes – que ce soit des voisins, des collègues de travail, voire la propre famille : à donner des excuses à la place de la personne dépendante, bref, à effacer les traces de la réalité vécue.
- S’isoler du monde « extérieur au problème ».
- Diminuer tout intérêt, toute activité qui ne soit pas liée au malade dépendant.
- Se culpabiliser.
La personne codépendante devient de plus en plus obsédée par le comportement du malade dépendant, et elle devient malade également. Elle ne cesse pas de se sentir responsable des actions et des propos du dépendant. Elle fait siennes ses joies et plus souvent ses tristesses, ses peurs. Une vraie fusion s’installe. Si la personne dépendante sous l’effet des substances psychotropes agresse des gens, la personne codépendante présente des excuses à sa place.
Elle se sent aussi gênée que si ce comportement lui appartenait. Elle se culpabilise si le malade dépendant consomme. Elle commence à croire que tout dépend d’elle. Elle se sent indispensable, elle prend tout sur elle, elle se responsabilise davantage tout en déresponsabilisant le malade dépendant, alimentant ainsi volontairement une certaine passivité dans laquelle celui-ci risque de s’installer progressivement. A ce niveau, la personne codépendante est tombée avec le dépendant dans le plus grand piège: pourquoi le malade dépendant changerait-il si tout le chemin lui est autant « facilité » ? Comment se sortir d’un tel cercle vicieux ? La personne dépendante et le codépendant ne pourraient que rarement le faire sans aide, car malgré la souffrance que cela entraîne, le comportement de la dépendance et de la codépendance persiste. De l’aide extérieure est nécessaire afin d’aider chacun à retrouver un équilibre, une santé.
Une des spécificités du programme de traitement de l’Unité des maladies de la dépendance de la Clinique La Métairie est le fait que le traitement s’étend aussi à l’entourage de la personne dépendante. C’est une réponse à la souffrance là où elle se trouve. C’est ainsi que, parallèlement au programme suivi par le malade dépendant au moyen duquel il commence à se rétablir, son entourage (famille, employeur, etc) compte aussi avec un soutien thérapeutique qui permet à chacun de (re)trouver son bien-être. Bien qu’au départ cela semble difficile, voire impossible pour certains – tellement l’exil de soi-même a été long et réussi – peu à peu la frustration, les reproches, le désarroi, le manque de confiance, le désespoir, cède la place à la prise de conscience, à la détente et à la pensée positive. Chacun cesse de se culpabiliser et de culpabiliser l’autre et découvre la possibilité de se prendre en charge soi-même. Chacun peut découvrir que le bien-être est un état contagieux dont l’effet générateur sur soi et sur l’autre est indiscutable.
Un nouvel équilibre peut naître qui n’est pas basé, cette fois, sur l’escalade des signes de maladie des uns et des autres (qui amène à la rancune, à l’isolement et à l’amertume); bien au contraire il se base sur un épanouissement où chacun se trouve capable d’être finalement l’écho du bien-être de l’autre et non plus de son mal-être. Tels sont les buts du programme thérapeutique proposé aux alcooliques, toxicomanes et pharmacodépendants et à leur entourage dans l’Unité des maladies de la dépendance.

